À quoi peut servir une bibliothèque lorsque le temps manque pour lire ? À l’heure où le savoir circule sur les écrans, s’évader par la lecture devient parfois un luxe et la bibliothèque est alors souvent plus regardée que pratiquée.
En conclusion de son cycle consacré à la culture coréenne cette exposition nous plonge dans un mouvement artistique unique qui a pris son essor à la cour du roi Jeongjo à la fin du 18ème siècle et s’est répandu dans tout le royaume jusqu’au 20ème siècle.
Pendant le règne de Jeongjo la Corée vit une période de paix et le roi a constitué une bibliothèque de livres dont il est très fier et qu’il aime à contempler.
Au point qu’il passe commande de paravents peints représentant les rayonnages de sa bibliothèque et qu’il fait installer derrière son trône.
Sa cour découvre cette mise en scène et la mode va se lancer de mettre en scène ses bibliothèques que l’on va compléter aussi des objets d’art, curiosités que l’on a.
Les peintres coréens puisent dans ce qu’ils ont compris des règles de la perspective venant d’occident pour créer un entre deux et jouer avec le trompe l’oeil.
L’idée tout au long de la visite est de mettre en parallèle les paravents et les objets représentés dessus source d’inspiration des artistes.
Un autre élément à retenir est que tous les paravents étaient initialement présentés à plat le long d’un mur ce que les vitrines de l’exposition n’a pas pu toujours permettre de faire.
Au cœur de la rotonde et surplombant la bibliothèque du Musée Guimet l’exposition s’articule en 3 axes.
Tout d’abord les origines de ce mouvement qui va durer un peu plus de deux siècles quand le roi choisit comme élément mettant en scène son pouvoir non plus une représentation de la puissance de son pays mais les livres permettant de conserver, enseigner et transmettre la connaissance cela a un impact fort sur ce qu’il veut pour la Corée.

La seconde partie va justement explorer ce que ce mouvement artistique dit sur le plan politique de la Corée et tout particulièrement ses relations avec les puissances étrangères.
On va y suivre donc l’impact dans les ambassades et les bouleversements des relations diplomatiques de la Corée avec les autres pays.
Le cœur de ce second volet est une fresque d’une délégation d’ambassadeurs étrangers chaque présentant un objet symbole de son pays.
Les paravents en sont le reflet devenant des représentations des cabinets de curiosités que les riches familles coréennes oint acquis. livres et objets sont réunis dans un pêlemêle où les règles de la perspectives très codifiées sont joyeusement interprétées dans tous les sens tant l’accent est mis sur les objets représentés.

Enfin la dernière partie de l’exposition nous plonge sur l’évolution du mouvement les paravents deviennent non plus représentation des collections que l’on mais que l’on voudrait avoir voire se mettent à représenter des livres ou objets qui n’existent.
Ce qui était une représentation et célébration des connaissances et objets d’art acquis en devient une illusion et un fantasme.

Le trompe l’œil est devenu un trompe l’œil à son tour.
Les paravents sont devenus l’illusion de la connaissance un peu comme le Projet d’aménagement de la Grande Galerie du Louvre en 1796 de Hubert Robert qui représente une version imaginaire de ce que pourrait devenir le Musée du Louvre et de manière moins artistique la mode en décoration intérieure de se contenter de remplir les rayonnages de bibliothèques de représentations des tranches de livres.

On ressort de l’exposition songeur sur ce que l’histoire de ce mouvement artistique dit de nous aujourd’hui où des jeux vidéos proposent de constituer des collections virtuelles, où certaines bibliothèques ont leur livres derrière des grillages et où l’image de ce que l’on vu compte plus que le récit et ses images deviennent à présent générées par IA.
Le savoir en trompe l’œil est un très bon titre et une leçon à retenir sur notre époque contemporaine.
C’est une très bonne conclusion à ce cycle consacré à la culture coréenne et démonstration qu’elle est le reflet notre temps.
Le savoir en trompe l’œil est à découvrir du 16 septembre 2026 au 4 janvier 2027.
Musée Guimet
6 Place d’Iéna
75016 Paris


