Château du Rivau 

Niché en Touraine parmi les châteaux de la Loire le Château du Rivau est une perle à découvrir. 
C’est un château du XVème siècle construit sur une base d’une forteresse du XIIIème. 
Sa composition avec un gros donjon, une cour intérieure et des fenêtres décoratives renaissance lui donne un charme de château de conte de fée. 

Et cela tombe bien car c’est exactement la volonté de sa propriétaire Patricia Laigneau qui nous invite à découvrir ce lieu enchanteur. 

Il pourrait tout droit sortir de la Belle et la Bête de Cocteau avec ses rosiers grimpants qui habillent la cour, les douves et les allées, ce délicat damier végétal où paraissent les paons dans cette même cour intérieure et qui ouvre la vue sur un verger et plus loin le bois où se cachent des surprises. 

Le Château de Rivau est un château privé né d’une passion pour ce lieu quand Patricia et Eric Laigneau l’ont visité et acquis en 1992 et nourri par l’orientation de la la vision qu’ils en ont eu. 

Le Rivau a aussi des communs formant une cour extérieure et composée en particulier d’écuries royales renaissance et datant du XVIème siècle. 

Ils sont donc devenus naturellement l’entrée du domaine et mettent en scène la façade du château avec son donjon et son pont levis, dont le mécanisme est toujours en fonctionnement. 

La cadre est en place, il reste juste à savoir quoi raconter avec ce lieu. 

Les jardins : 

La promenade se fait donc au travers de 15 jardins qui joue sur le merveilleux, les contes, les sens, les émotions et des touches d’humour et des installations artistiques là pour surprendre le visiteur sans ne jamais perdre de vue un élément central, Rivau est au cœur des terres rabelaisiennes. 

Le ton est ainsi donné le début où on est accueilli par un potager de Gargantua d’où émerge une taupe géante en bronze de Ghislain Bertholon. 
C’est incongru, drôle et un indice sur la suite du voyage. 

En effet Patricia Laigneau a étudié l’histoire de l’art et tout particulièrement l’art contemporain en plus de la botanique et le Rivau est un exercice de style. 

Les œuvres d’art contemporaine rythment les jardins mais aussi le château.  
Elles véhiculent des messages mais aussi tout simplement sont là pour participer à l’histoire qui nous est racontée, étonner, faire rire, jouer soit avec l’harmonie soit avec le contraste. 

Un grand verger se déploie avec à son entrée d’un côté un jardin évoquant Raiponce et sa longue chevelure mais avec des fleurs et un grand Paresseux créée par Elodie Antoine suspendu aux branches d’un arbre. 

Au milieu des arbres fruitiers une Cabane de Julien Desmontiers faite en béton est modelée telle une vieille maison alors qu’une gigantesque paire de bottes, Invendus de Lilian Bourgeat ont été laissées là sans doute par Gargantua. 

Les bordures sont agrémentées une collectionne folle de rosiers parfumés anciens ou récents avec des harmonies de couleurs. 
A s’y pencher de plus près ses parterres sont en réalité composés de plusieurs plantes qui viennent s’associer aux roses. 
Le rosier est le thème et toutes les autres fleurs deviennent des variations ainsi au milieu de rosiers blancs tout à coup de grandes fleurs de pavot blanches émergent comme une surprise pour le promeneur attentif. 

La surprise est le sel de ces jardins comme le confirme le labyrinthe à l’ombre des arbres qui a la forme du Chat du Cheshire dans Alice au pays des merveilles. 
Notre visite a eu lieu alors que des classes scolaires étaient présentes et les enfants couraient dans tous les sens dans le labyrinthe. 

C’est juste ce qu’il faut de bucolique. 

De nombreux autres jardins sont à découvrir dont celui des fleurs comestibles, une forêt où les arbres ont de gigantesques jambes semblant courir créées par Basserode, et un très amusant jardin des philtres d’amours, deux cœurs inversés et entrelacés, l’un composé de plantes réputées aux effets positifs pour amener l’amour, le conserver et l’autre pour l’éteindre et l’éloigner.  

La promenade est pleine de surprises et on revient à l’entrée du château après avoir picoré quelques cerises en longeant le muret bordant les douves sèches qui est surmonté de rosiers grimpants entrelacés au-dessus des pierres. 

Le château : 

Le Rivau a appartenu à la famille Beauveau qui a fait les transformations changeant sa fonction défensive initiale en château d’agrément plus dans le goût de la Renaissance qui arrivait en France dans la seconde partie du XVème siècle, ouvrant le château sur l’extérieur et perçant de plus larges fenêtres. 
L’entrée donne sur les escaliers à colimaçons qui sont un élément extérieur ajouté à la façade. 

Le château reçut la visite de Jeanne d’Arc en 1429 où elle vint chercher des chevaux de combat avant de rejoindre le Siège d’Orléans une pièce du château lui rend hommage. 

L’esprit du château est XVème siècle et la décoration semble classique à prime abord mais le visiteur en observant plus attentivement peut découvrir que des œuvres d’art contemporaines se sont glissées un peu partout. 

La grande salle ornée de trophées de chasse alterne des bois de cervidés qui encadrent une raquette représentant Rudolph le renne par Jeff Koons, une perruque de chevelure châtain coiffée en chignon par Axelle Renaud ou un arrière-train de lapin blanc Par Ghislain Bertholon. 

Tout est là pour surprendre le visiteur, jouer sur le décalage mais aussi montrer comment les artistes actuels peuvent offrir une relecture des créations du passé. 

La salle du festin est un exemple de ce jeu de contraste. Les restaurations ont réussi à retrouver les fresques d’origine du plafond présentant des treillages de vignes au cours des 4 saisons.  
Sur le trumeau de la cheminée une peinture du festin de Balthasar fait face à un tableau représentant la cène mais composée uniquement de femmes par Sabine Pïgalle. 

A l’étage se poursuit la visite avec la salle des dames, une ancienne pièce au sol  

Au centre de laquelle trône une licorne stylisée en epoxy, bois et feuille d’or par Sun Xue que la corne semble traverser telle une lance. Des portraits de femmes jalonnent la pièce dont une étonnante Mona lisa, L’Ile Mona de Pierre Ardouin, où se mêle au tableau des paillettes et un coucher de soleil comme un mélange un mélange de ce que l’on recherche dans une carte postale. 

La visite s’achève dans la salle consacrée à Jeanne d’Arc et qui évoque les représentations à travers l’histoire de cette femme sur les deux derniers siècles, de sculptures du XIXème siècle à un portrait façon icone de Juliette Armanet par Pierre et Gilles. 
Patricia Laigneau résume bien cette salle évoquant de Jeanne que c’est une femme qui est passée de bergère, à guerrière, puis sainte à icone queer. 
Elle fut disputée par les extrêmes et reprise par les féministes et un joli portrait en dessin à la pierre noire par Mathieu Dufois en gomme le genre et laisse planer le mystère de son identité la ramenant le simplement du monde à son humanité débarrassée de tous artifices. 

Ma visite au château du Rivau m’a étonné. J’ai rarement vu un endroit aussi marqué par une vision et une volonté de vouloir raconter quelque chose de vivant et actuel d’un lieu d’histoire. 
Mélanger les périodes pour donner à chacun un aperçu de la création artistique en embrassant le passé et le présent ensemble et ce en rythme avec la nature est un délicat équilibre que ce lieu célèbre. 

L’art contemporain au Rivau n’est plus en rupture ou contestation du passé mais le célèbre. Il a absorbé l’abstrait, ré embrassé le figuratif et se joue des styles, des matériaux, des textures, des genres. 
Il est porteur de message forts mais n’oublie pas d’être drôle, décalé. 
Loin de rejeter le passé, il le célèbre et a acquis la sagesse des siècles qui l’ont construit. 

Il n’y a pas besoin d’être expert pour apprécier la visite du Château du Rivau, il suffit juste de se promener, flâner, courir, jouer, observer, ressentir, s’amuser, aimer et rire. 

Château du Rivau 
9 rue du château  
37120 Lémeré 

Tous les jours du 1er avril au 1er novembre 2026 
Du 1er au 30 avril : 10h-18h 
Du 1er mai au 30 septembre : 10h-19h 
Du 1er octobre au 1er novembre : 10h-18h 

Le château propose une exposition temporaire tous les ans selon une thématique fixée par la région. 
Pour 2026 le thème est Métamorphoses.