Dîner avec Alexandre le Grand par la compagnie L’Onde Bleue.  

Au fin fond de l’Asie, un soir, lors d’un banquet bien arrosé, Alexandre le Grand commet un acte irréparable : il tue l’homme qui lui avait jadis sauvé la vie. Cet acte le pousse, désespéré, à envisager pour lui le pire des châtiments. Dans ce drame en trois actes, la vie d’Alexandre défile, ainsi que sa crise de conscience face au crime. 

Ecrit et mis en scène par Babis Plaïtakis cette pièce nous conte un moment clef de la vie d’Alexandre le Grand. 

Ce banquet se déroule alors qu’Alexandre, 28 ans, a déjà sous sa botte la Grèce et en 6 ans a conquis l’Egypte, pris possession la totalité de l’Asie Mineure dont Babylone et Persépolis et fondé une quantité astronomique de villes appelées Alexandrie. 
Il est aux portes des Indes et doit organiser et consolider son empire où des instabilités sont nées. 

Autour de lui des amis proches tel Hephaestion et surtout des généraux de la génération de son père, Philippe, qui le suivent depuis le début sont un peu paternalistes et se sont considérablement enrichis pendant cette conquête. 

Parmi eux Kleitos va lever la voix remettant en cause les objectifs d’Alexandre et lui rappelant l’ombre glorieuse des faits d’armes de son père. 
La discussion va laisser apparaître les failles d’Alexandre mais aussi sa vision des choses qui s’éloignent de plus en plus de la vision grecque du monde. 

En Grèce antique toute population qui n’est pas grecque est barbare et ne peut être au mieux que des esclaves. 
Cependant quand on a conquis tant de territoires Alexandre a conscience qu’il ne peut commander qu’a des peuples réduits en esclavage. Ils ne sont pas assez nombreux et il est plus pratique de laisser les instances dirigeantes existantes en place, en faire des alliés et grossir son armée de ces nouveaux alliés à qui ils peuvent apprendre les mœurs grecques et s’enrichir de leurs connaissances. 

Cette problématique est le cœur même de l’histoire et Alexandre ne veut pas être un monarque brutal mais apporté sa culture au monde tout en étudiant celle des autres civilisations, ce qui va l’encontre même des préceptes de son père. 
S’ajoute à cela les manipulations des généraux qui veulent asseoir leur influence et accroitre leurs richesses mais aussi du pouvoir religieux qui veut flatter Alexandre et lui offrir toujours plus de légitimité. 

L’alcool aidant les discussions vont mettre en lumière ce fossé qui se creuse avant d’exploser dans la violence. 

La pièce nous dépeint Alexandre conquérant mais qui ne cherche pas à s’enrichir mais ayant parfaitement conscience qu’il fait la richesse de son entourage. Il semble plus fasciné par l’idée d’aller jusqu’au bout du monde que par la domination des populations. 
Il souffre d’être dans l’ombre de son père Philippe ce qui nourrit sa colère et ses accès de violence et la culpabilité qu’il ressent après s’être emporté et les conséquences de son geste.

 Nous sommes très éloignés de la version déifiée d’Alexandre le Grand mais au cœur de son humanité, de ses aspirations, ses peurs et ses faiblesses. 

Les échanges résonnent avec une contemporanéité terrible sur la vision de certains puissants au pouvoir aujourd’hui et leurs visions du monde, de la guerre et des populations qui subissent leur autorité. 

Cet épisode de la vie d’Alexandre prend tout son sens à découvrir aujourd’hui tant son texte résonne avec notre monde actuel.

Durée : 1h

La pièce a été présentée au Théâtre Nesle
8, rue de Nesle
75006 Paris