D’après Ceci est mon corps d’Agathe Charnet
Au plateau, trois corps s’emparent d’un récit sur le corps féminin et sa traversée des années avec tendresse et légèreté.
Sans savoir comment ni pourquoi, on nous jette dans la vie de petite fille, d’adolescente puis de jeune femme. Parfois c’est rigolo, parfois pas trop. Comme ce corps féminin évolue-t-il au fil des âges ?Pourquoi ainsi et pas autrement ? M’appartient-il vraiment ? Je ne connais pas encore tous les mots pour le dire mais tout ce que je sais c’est que je suis là, je vous parle et ceci est mon corps.
La toute jeune très sérieuse compagnie présente sa première pièce sur scène sont réunies Maïlise Fernandes, Nina Gonzalez et Louise Marie dans une mise en scène de Léo Bouthier.
En entrant dans la salle trois tissus se déploient dans un patchwork de motifs et matières différentes et la pièce s’ouvre par la rencontre avec les 3 actrices jouant successivement une jeune fille, enfant, qui se raconte.
Elle raconte son rapport aux autres, les copines, et les femmes de sa vie, sa mère et sa grand mère à ce moment là et comment elle s’éveille à elle même en écoutant les histoires du passé (peut être trop d’informations, trop jeune).
La pièce va voir cette jeune fille devenir adolescente avec les changements dans son corps et son rapport à celui-ci, embrasser l’autre, s’explorer et se découvrir.
L’âge adulte arrive alors que des fois l’esprit ne l’est pas encore et les relations amoureuses aussi et puis une relation qui semble normale mais où la jeune femme perd la propriété de son corps qui appartient à l’autre et qui en abuse.
Il va falloir alors en tant que femme se battre pour sortir de cette relation toxique et nocive, se reconstruire, réapprendre à être en harmonie avec son corps, l’écouter plus et explorer qui ont est une fois libre des diktats d’une société patriarcale.
Se pourrait être un pamphlet et la pièce est plus et pas seulement cela, juste une belle histoire sur comment on apprend à se connaître et à s’aimer pour pouvoir être capable ensuite d’aimer quelqu’un d’autre (Merci Rupaul).
L’élément le plus surprenant est que au delà du témoignage émotionnellement fort Journal de (mon) corps est avant tout extrêmement drôle tant par son texte, le jeu de ses actrices et les trouvailles de mise en scène qui tout à coup balance le public dans un talk show applaudissant la déconstruction masculine et l’irruption de musiques plus incongrues les unes que les autres pour étayer l’histoire.
Je m’attendais à verser des larmes avec les ressorts dramatiques de cette histoire et ce sont des larmes de rire que j’ai eu qui m’ont préparé à être ému et touché par ce beau témoignage.
Journal de (mon) corps nous plonge dans l’esprit de l’enfance à l’âge adulte d’une femme.
Une femme qui souffre, jouit, se cherche, se trouve, se perd, aime, déteste, se construit, se détruit, se reconstruit, s’affirme et vit.
Elle s’affirme lesbienne à la fin et surtout enfin en paix avec son corps et on ne peut que lui souhaiter d’être avant tout heureuse.
Je trouve d’une élégance folle que la pièce ne se limite pas à un coming out mais surtout à un parcours de femme qui va se chercher, se questionner et s’apprendre.
C’est moins temps l’affirmation de soi vis à vis de la société et des autres que la compréhension de qui on est, s’aimer et accepter le corps dans lequel on va vivre toute sa vie qui compte.
C’était phénoménal.
Durée : 1h15
Tous les samedis à 19h jusqu’au 6 juin et reprise à partir tous les jours du 15 au 19 septembre à 19h aussi.
Théâtre La Flèche
77 rue de Charonne
75011 Paris





