Sucre noir de Virginie Ollagnier et Ricard Efa d’après de roman de Miguel Bonnefoy

Dans un petit village des Caraïbes, où la légende d’un trésor disparu vient bouleverser l’existence de la famille Otero, les explorateurs se succèdent. Tous sont à la recherche du butin du capitaine Henry Morgan. Et tous vont croiser le chemin de Serena Otero, l’héritière de la plantation de cannes à sucre qui rêve à d’autres horizons, ainsi que celui de sa fille, Eva Fuego. Au fil des ans, tandis que la propriété familiale prospère, qu’elle distille alors le meilleur rhum de la région, chacun cherche le trésor qui donnera un sens à sa vie. Et si le véritable trésor n’était pas celui qu’ils croyaient ?Avec cette adaptation du roman de Miguel Bonnefoy, Ricard Efa et Virginie Ollagnier nous transportent dans un récit transgénérationnel empreint de réalisme magique qui fait la part belle aux femmes de la famille Otero, véritables héroïnes de ce récit.

Je connaissais Virginie Ollagnier en tant que romancière (« Toutes ces vies qu’on abandonne », « L’incertain », « Rouge Argile » et « Ils ont tué Oppenheimer »), mais peu l’auteur franco-vénézuélien Miguel Bonnefoy (« Le rêve du jaguar » prix fémina et grand prix du roman de l’académie française en 2024, « Le voyage d’Octavio », « Héritage » et « Jungle ».)

Cette fresque historique et familiale est très bien rendue sur un format qui doit forcément faire des coupes par rapport à un roman de 192 pages. Les personnages féminins ont un rôle prépondérant, une place inhabituelle à cette époque dans un Vénézuela traditionnellement machiste. Le côté fantastique de l’histoire passe bien auprès des images réalistes.

Le récit se découpe en plusieurs chapitres, qui représentent plusieurs époques, et met en lumière chaque personnage : Serena, Severo, Eva, et Fuego, le feu. Le destin d’Eva Fuego adoptée par Serena et Severo est très romanesque, sauvée des flammes in-extremis par un chien, elle porte les stigmates de son origine et du feu sur son visage, elle a la peau noire et des traces de brûlures. Mais cela forgera sûrement sa force de caractère pour mener de main de maître les ouvriers du domaine de distillerie de cannes à sucre hérité de ses parents. Elle se coupe les cheveux et porte des pantalons à une époque où cela ne se fait pas. Elle refuse de se marier et continue seule à diriger l’exploitation. C’est une figure féminine qui sort de l’ordinaire et qui prône la modernité dans des contrées reculées d’un petit village. Elle conduit une voiture, fait construire un tramway, un théâtre et un bureau de poste télégraphique dans le village.

Les illustrations de ces paysages exotiques sont très réalistes, presque cinématographiques, le feu, la pluie donnent de très belles pleines pages. J’ai moins apprécié les visages des protagonistes de cette histoire, avec des gros plans pas assez expressifs à mon goût. J’ai regretté de ne pas avoir lu le roman avant de me retrouver dans cette adaptation, avoir ma propre idée des traits des personnages par la seule description de Miguel Bonnefoy. Mais je conseille néanmoins cette BD pour cette formidable adaptation au long court.

A partir de 12 ans et plus…

Éditeur : Le Lombard – Genre : Roman graphique – Scénario : Ollagnier Virginie, d’après le roman de Bonnefoy Miguel – Dessin : Efa Ricard – Date de parution : 16 janvier 2026 – 160 pages – Prix : 23,95€