Murder Party : rencontre avec l’équipe du film

Murder Party : rencontre avec l’équipe du film

C’est dans l’élégant Hôtel Kergolay Langsdorff que j’ai rencontré une partie de l’équipe du film Murder Party dans les salles le 9 mars 2022 lors d’une table ronde. Etaient présents Alice Pol, Miou-Miou, Sarah Stern, Pablo Pauly et Nicolas Pleskof, réalisateur du film.

Après quelques échanges il a été rapidement évoqué que toute la difficulté allait être de parler du film sans révéler les secrets du film et que pour un artiste en promotion il y a un précipice qu’il ne faut pas franchir pour ne pas gâcher la surprise au spectateur.

Bien évidemment le retour sur cette table ronde taira les nombreux twists du scénario de Murder Party et les éléments  cités sont tous dans la bande annonce du film.

Nous avons dans un premier temps abordé les nombreuses références émaillant le film et leurs origines.
-Nicolas Pleskof : Le film est blindé de références. Je pense qu’un premier film est toujours un agrégat de toute la cinéphilie d’un jeune réalisateur, malgré lui, en faisant attention que cela ne prenne pas le pas sur le film lui-même. Je voulais faire un film pop et l’essence du pop c’est digérer les références pour les ressortir à sa manière.

Nous avons alors évoqué si tout avait été écrit dans le film et quelle marge avait été laissée à l’improvisation.
-Nicolas Pleskof : C’est très écrit car ce genre de cinéma là, c’est un genre d’écriture très technique. Ecrire un polar c’est extrêmement technique.
Je ne l’ai pas écrit tout seul mais avec Elsa Marpeau qui est une très grande scénariste qui a pignon sur rue pour tout ce qui est polar. (Elsa Marpeau est une romancière de polar et scénariste qui a par exemple écrit Capitaine Marleau.) Je voulais que la langue soit très précise et un registre posé.  A partir du moment où j’ai senti que tout le monde était dans le même monde j’ai laissé la porte ouverte à de l’improvisation chez les comédiens et comédiennes et des propositions toujours plus folles dans l’équipe artistique.

Ensuite a été évoqué la genèse du film et l’idée de faire cette sorte de Cluedo géant au cinéma.
Il a été démenti en plaisantant par Nicolas Pleskof que contrairement aux dires d’une de ses comédiennes non ce n’était pas autobiographique.
Nicolas Pleskof : Je savais que je voulais faire un « who done it », un film Cluedo. C’est un genre qui m’a toujours intéressé car il y a tout ce que j’aime au cinéma dans ce genre de film : le huis clos, la névrose familiale, la comédie et la possibilité de faire un cinéma pop très irréaliste. Je savais que je voulais faire un premier film qui parle de la famille. Il n’y a pas de genre plus adéquat pour enfermer les familles ensemble et les confronter à tous leurs pires secrets et vérités.

Nous avons évoqué d’où était venu cette idée de mélanger Murder party et escape game dans le film et si les acteurs et actrices étaient au courant des énigmes.
-Nicolas Pleskof : Je voulais faire un film jeu de A à Z , ludique et où les spectateurs jouent avec et contre les personnages.  J’aime particulièrement les escape game parce que c’est la forme de jeu ultime, le plateau de jeu taille réelle. Il y a un truc d’assez fascinant dans les escape game comme les jeux de société, c’est que vous mettez des gens tout à fait normaux dans une situation donnée, et là tous les codes changent. Vous mettez une famille dans un escape game et on va tous se bouffer le nez parce que c’est très très grave de ne pas trouver ce  que veut dire ce code là, que t’es vraiment un imbécile de ne pas avoir trouvé la clef et que comment peux tu dire une chose pareille moi qui est toujours été un très très bon joueur. Tout était très écrit mais dans les jeux c’est là où mes acteurs et actrices se sont le plus permis de composer et de pousser les curseurs plus loin.
-Pablo Pauly : Nous étions au courant et il n’y  avait pas de surprises. Je pense que c’est moins agréable de jouer la surprise tout le temps sans savoir ce que l’on joue pour le rôle. D’ailleurs il y a quelques membres du casting qui ne sont plus là…

La conversation s’est orientée sur les acteurs en évoquant comment dans un film très théâtre de boulevard on surjoue mais sans trop en faire et est ce que c’est compliqué à jouer ou pas.
-Miou-Miou : Quand Alice (pol) arrive dans la maison on dit « aujourd’hui c’est murder party » donc ça part tout de suite en jeu.
-Alice Pol : Il n’y a que moi qui suis premier degré. Il ne faut pas avoir peur du ridicule et faire confiance au metteur en scène, avoir suffisamment confiance pour oser en faire trop. C’est toujours sur le fil et il y a quelque chose en effet de très théâtral. Cela doit partir de quelque chose de sincère.
-Miou-Miou : Chacun a ses névroses et tout d’un coup il sort cette douleur qui se manifeste d’une façon différente, dans le cri , le geste ou quelque chose de plus intérieur. A chaque fois que l’on avance  on voit un indice qui révèle que chaque personne dans cette famille a eu des raisons de vouloir tuer César (Eddy Mitchell). Cela révèle une névrose différente pour chacun mais qui a le droit d’être là.
-Nicolas Pleskof : C’est la direction que je leur avais donné d’être dans cette théâtralité, cet excès à l’anglaise. Etre dans ce décor, ces costumes et cette lumière amenait quelque chose de presque automatique qui se mue en tout le monde.

Nous avons évoqué ensuite le lieu de tournage et le manoir ayant servi de décor.
-Alice Pol : Nous n’avons pas dormi dans le manoir.
-Miou-Miou : Dans les autres salles du manoir en plus du décor il y avait beaucoup de têtes de biches partout. Dormir là bas avait un risque que notre tête finisse sur le mur aussi.
-Alice Pol : Le manoir se trouve dans le Nord. Nous avons fait le Crotoy confiné. C’est ce qui nous a lié car il y avait peu de gens en dehors.
-Miou-Miou : Nous avions un hôtel très sympa au bord de la mer.
-Nicolas Pleskof : Cela nous a fait du bien aussi de sortir du décor du film et certaines pièces ont été tournées en studio comme la chambre adorée de Miou-Miou… (Je vous laisserais découvrir ce décor atypique en salle) et la chambre de César et Salomé.

Il a été évoqué comment les comédiens et comédiennes abordent le texte.
-Alice Pol : J’apprends tout en amont et le matin quand on joue je ne sais pas ce que l’on va jouer puisque l’on ne tourne pas dans l’ordre. J’ai toujours un petit moment où je vois que tout se met en place et je suis un peu perdue au début mais j’ai tout intégré et en même temps je re découvre ; il faut se leurrer soi-même.
-Sarah Stern : On ne peut pas jouer le mensonge mais les situations car ce serait inutile de penser à une double lecture possible du film et les twists qui le jalonnent. Ce serait au détriment du jeu.

Nous avons ensuite évoqué Adrien Guionnet le jeune garçon qui incarne Hercule.
-Sarah Stern : Il a l’apparence d’un jeune acteur mais à l’intérieur il a à peu près 63 ans.
-Alice Pol : C’est le meilleur d’entre nous.
-Pablo Pauly : Incroyable.
-Alice Pol : Il a eu plusieurs vie et à chaque fois acteur, ou peut être metteur en scène, producteur, distributeur et maquilleur.
-Nicolas Pleskof : Ce qui est assez surprenant c’est qu’en fait j’ai casté ce petit garçon qui a fait plus de films que moi concrètement et une série. (Adrien Guionnet a joué entre autre dans la série Le Bazar de la Charité) Les enfants très jeunes acteurs ont une façon de jouer complètement  fascinante. Jouer à « on dirait que » c’est son quotidien. Vous lui dites avec des pincettes « tu dois jouer que ton papa est mort ». il n’y a pas besoin de pincettes car quand il va dans la cour de récré il joue à la guerre et à papa est mort. Il a un apport au jeu hyper naturel et comprenait tout et d’un professionnalisme stupéfiant. Il ne pouvait rester sur le plateau que 4 heures par jour donc on tournait la majorité des plans sur lui au début et le reste de la journée on faisait les contre-champs. Il y a beaucoup de plans où il joue face à rien.
-Sarah Stern : On jouait face à une balle de tennis, qui était très bien elle aussi.
-Miou-Miou hilare : 4 heures par jour, c’est ce que demande aussi les actrices âgées.

Nous nous sommes orientés sur les jeux qui jalonnent le film et lequel les actrices et acteurs ont préféré jouer et s’il y a eu des jeux abandonnés en cours de scénario.
-Pablo Pauly : Electro Brain, on s’est tous bien marré.
-Alice Pol : Oh oui, je ne savais plus ce que je faisais à la fin.
-Pablo Pauly : Le tir à l’arc aussi, il fallait être très précis.
A l’évocation d’accidents qui aurait pu survenir.
-Pablo Pauly avec un sourire en coin : Le petit n’est plus là.
-Sarah Stern : j’ai une petite fierté sur le tir à l’arc. J’ai décoché le matin même 3 flèches entre le maquillage et le premier plan. Et on a fait une scène où galvanisée par la situation j’ai réussi en plan séquence à tirer et marquer et c’est la scène montée dans le film. J’ai eu un sentiment de satisfaction comme réussir un soufflé au fromage. Ça m’a remplis de joie éternelle.
-Nicolas Pleskof : Un jeu a été écarté où l’indice était au plafond et il fallait que les joueuses et joueurs fassent une tour avec une liste d’objets et une seule combinaison d’objets possibles. On m’a dit « C’est un premier film tu te calmes. ». Ensuite l’idée était que ce soit le gamin qui monte. On m’a dit « La DASS dira non. » Nous ne l’avons donc pas fait.

La discussion s’est orientée sur le personnage de Pablo Pauly et son rôle en quelque sorte de Monsieur Loyal tout au long du film.
-Pablo Pauly : J’essaye des choses. Je cherche d’abord la démarche, le corps et après ça suit assez bien. Y’a pas mal de film où tu cherches à modifier les dialogues pour le mieux, là ce n’était pas le cas. Tu joues premier degré et tu fais confiance au réalisateur.
-Nicolas Pleskoff : C’était complètement le « Monsieur Loyal », il est la jonction entre le monde des fous de sa famille et le monde réel de Jeanne.

En conclusion il a été évoqué le ressenti de chacun sur le tournage et s’ils s’étaient amusés.
-Miou-Miou ironique et avec un grand sourire : Mais enfin, je travaille moi. C’est un métier.
-Alice Pol : C’était joyeux.
-Nicolas Pleskof : Nous étions entre les deux confinements, en décembre. On passait la journée dans le manoir à faire ce film très joyeux. On rentre le soir avec nos attestations, on allume la télévision où c’est l’apocalypse. Le tournage était comme une enclave.

La rencontre s’est achevée ainsi émaillée tout le long de beaucoup d’éclats de rire et autour de gâteaux, jus de fruits et un thé.

Murder Party sort dans les salles le 9 mars 2022 et je vous recommande vivement de découvrir ce petit bijou, Ma critique est par ici.

De gauche à droit : Sarah Stern, Nicolas Pleskof, Alice Pol, Miou-Miou, Pablo Pauly


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