Français langue étrangère de Eric Salch

Voilà 8 ans que Marie est prof en FLE, Français Langue étrangère, auprès de migrants venus du monde entier (Afghanistan, Ukraine, Colombie ou encore Népal). Sa vocation : enseigner les mots, la grammaire, la culture, mais aussi glisser des messages sur le statut des femmes (partage des tâches domestiques, contraception et divorce.)
Or, pour concevoir les 800 heures de cours dispensées aux apprenants, l’État lui a fourni une méthode de… 80 heures. Place à l’improvisation ! Vidéos, mimes, jeux de société, toutes les techniques sont bonnes pour préparer ses élèves à l’essentiel : la recherche d’un logement et d’un travail, l’accès à la santé mais aussi l’adaptation au quotidien. Pourtant, c’est sûr, les conditions ne sont pas optimales : difficile pour eux de suivre le cours de 14h en ayant démarré à 4h du matin à l’usine, ou après avoir reçu des menaces d’expulsion (sans parler de ce qu’ils ont vécu avant d’arriver en France). Marie a beau se faire discrète à la pause-café et éviter autant que possible de jouer le rôle de l’assistante sociale, elle finit toujours par aider ses élèves à répondre à la CAF, chercher un dentiste ou organiser leurs rendez-vous. Car, au-delà des « apprenants », il y a avant tout Maryan, Abdullah, Hassan, Amir, Mourad, Judith…

Après le témoignage de Marc, agent social parachuté dans « Résidence autonomie », (Prix Quai des Bulles 2023), Éric Salch brosse le portrait sans fard de Marie et ses élèves, en évitant manichéisme, angélisme et bons sentiments. Un concentré d’humanité, un récit subtil et haut en couleur, entre quatre murs de classe.

Plus qu’une explication de ce que peut être un atelier de « Français Langue étrangère », (un enseignement de la langue française à des publics adultes non francophones, dans un but culturel ou professionnel), c’est le portrait d’un groupe d’individus parachutés dans une salle de classe pour apprendre à vivre ensemble dans une société qu’ils découvrent, avec plein d’antagonismes de tous les côtés. Car de nombreuses situations peuvent devenir source de conflit et d’incompréhension, entre individus ou avec l’administration française. Le récit est factuel mais les situations portent souvent à rire, car les décalages sont pris avec philosophie et humour par Eric Salch. On ne rit pas des « apprenants », on rit avec eux et avec Marie qui semble avoir une grande tendresse pour ses élèves. Un mélange de réalisme et d’humour qui privilégie l’humain..
Les illustrations, tout en noir et blanc, (à l’exception des cheveux rouges de Marie), font penser à de la caricature. J’en profite pour rappeler qu’à partir de 2018, l’auteur a rejoint la rédaction dessinée de « Charlie Hebdo ».

Éditeur : Dargaud – Genre : Biographie / Documentaire – Scénario et dessin : Salch Eric – Date de parution : 27 mars 2026 – 136 pages – Prix : 23,95€