Manga, tout un art ! au musée Guimet à Paris

Apprentis nijas, sabreurs d’élite, démons grimaçants, collégiennes magiciennes, lycéens intrépides, robots géants ou créatures fantastiques, les personnages de manga ont fait irruption dans notre culture il y a près d’un demi-siècle et façonnent, depuis, notre imaginaire. les millions d’expmlaires de ces livre svendus chaque année dans le monde et leurs multiples déclinaisons en animé, jeux vidéo et autres produits dérivés constituent le fer de lance de la pop culture japonaise.

En s’adressant à toutes et tous, profanes comme passionnés, l’exposition invite à s’émerveiller devant la richesse de la bande dessinée japonaise. Loin d’être un simple produit culturel importé, elle est aussi une forme artistique diverse, complexe et dynamique.

Le musée guimet qui célèbre la riches des arts d’Asie et dans une démarche de s’ouvrir à un public le plus divers possible aborde enfin la richesse de la production contemporaine japonaise liée au manga.

Prenant ses origines au 19éme siècle et ayant explosé de manière exponentielle au sortir de la seconde guerre mondiale il était grand temps que le manga entre au musée.
C’est un peu comme si on avait ignoré la totalité de la création contemporaine en Europe succédant aux impressionnistes en concluant qu’après Hokusaï la création artistique au Japon s’était éteinte.

Justice est faite et cette exposition ouvre la voie.

Face à ce défi le musée Guimet a mis les petits plats dans les grands et offre tout l’espace possible à ce thème.
La bibliothèque du musée s’enrichit pour quelques mois d’un espace de lecture présentant en libre accès de nombreux endroits et deux grands espaces, la rotonde la bibliothèque et le rez de jardin du musée articulent le parcours du visiteur.

La rotonde est consacrée aux sources du manga et le rez de jardin est une rétrospective de la création manga des 50 dernières années.

I- Avant les mangas
Le 2ème étage du musée va s’attacher à présenter les éléments dans l’histoire de l’art du Japon qui ont amené à l’émergence du manga.
Cette manière de raconter et transmettre prend ses sources il y a bien longtemps.

Deux sources sont évoquées, d’un côté la dynamique de raconter en mots et images une histoire et de l’autre le fait que l’art est l’occasion de rire des dieux et des hommes.
Enfin, réunissant ceci et nécessaire à l’émergence du manga, le développement de l’édition à grande échelle au 19éme siècle va offrir les éléments matériels et culturels expliquant la naissance et l’explosion de ce phénomène au Japon puis son impact dans le monde.

L’exposition nous présente d’abord deux rouleaux illustrés dont les inspirations viennt et 15 et 16éme siècle. Dessus s’enchaînent dessins et textes qui décrivent les évènements des dessins voire citent les dialogues des personnages représentés et ce dans le but de raconter une histoire.
On y trouve même une illustration qui représente deux scènes différentes avec les même personnages, nous sommes dans les origines de cette idée de composition d’une action.

En miroir une autre salle compile des peinturés à l’encre mettant en scène des yokaïs, des divinités mineures prenant la forme d’animaux ou objets et qui recréent des saynètes de la vie quotidienne et datebt du 19ème siècle.
La religion shintoïstes les dieux vivent parmis les hommes et peuvent s’en moquer, leur jouer des tours ou vivre en harmonie avec eux. On peut rire avec les dieux et ceux-ci se moquent des travers des hommes.
Des animaux font de la musique et dansent, des créatures s’habillent en hommes d’affaires occidentaux, des chauves souris se déguisent en acteur du théâtre No.

La partie centrale de cet espace nous présente une multitude de livres illustrés racontant des histoires mettant en scène dieux et héros, animaux et hommes. Ces romans illustrés dont la naissance de l’imprimerie a permis l’essort et parmi lesquels se trouvent des création d’Hokusaï présentent de fantastiques mises en scène travaillant sur le noir et blanc et les nuances de gris posant les bases de la mise en scène très dynamique des pages des mangas.

Enfin un petit espace conclut avec la célèbre vague d’Hokusaï et y présente en regard des créations japonaises comme françaises dont elle a servi d’inspiration. Cette oeuvre d’Hokusaï est profondèment aimée par tous et a enflammé l’imagination de chacun de Dior à Moebius.

II-Manga. Tout un art !

Comment dynamiser une rétrospective sur 50 ans de création artistique.
Il est impossible d’être exhaustif et une compilation  manquerait d’audace.

Les commisaires de l’exposition sont donc partie sur une présentation ouvre sur les tous débuts de production populaire et satyrique alors que le Japon s’ouvre à la culture occidentale.
Le Japon découvre la création en Occident au 19ème siècle et entre deux guerres et commence à l’adapter au goût du public pour raconter des histoires d’aventure et humouristique.

Mais ce sera Osamu Tezuka dans les années 50 qui va donner ses codes au manga avec deux créations majeures, Princesse Saphir, l’histoire d’une jeune fille s’habillant en garçon pour défendre son peuple, et Astro le petit robot, un conte de science fiction relecture de Pinocchio, ou un scientifique fabrique un robot doué d’une conscience et plus humain que les hommes.
Ces deux créations explosent les ventes et seront adaptés en dessins animés (anime au Japon) scellant leur succès partout dans le monde.

Le manga moderne est né et son lien avec l’animation est établi et une salle célèbre ce jalon essentiel avec des originaux des deux oeuvres.

Une salle, bien trop petite, va ensuite évoquer le shojo dit manga pour fille qui met en scène des héroïnes et des autrices avec histoires d’aventure, d’amour, des récits sportifs et des super héroïnes. Quelques originaux célèbrent Lady Oscar (La rose de Versailles), Candy et Sailor Moon.

Hélas, un peu comme la production de la bande dessiné en France, ce sont les productions dite pour les garçons, le shonen, qui sont le fer de lance du manga et représente les succès les plus connus.

L’approche dans les salles suivantes va être de célèbrer les grands titres très connus qui sont des mangas ayant connu des adapations animées mais dont les sources d’inspiration viennent de mythes classiques.

Ainsi Dragon Ball d’Akira Toriyama s’inspire de la légende du Roi Singe personnage majeur de la littérature chinoise du 16ème siècle. L’exposition va ainsi mettre en parallèle page originale de Toriyama, cellulo d’animation de l’adaptation et oeuvres d’art antérieures évoquant aussi cette légende.

Le même exercice se joue ensuite avec Naruto de Kishimoto Masahi et la legende du renard à neuf queues et la culture ninja.

Demon Slayer de Gotoge Koyoharu tisse le lien entre cette histoire de pourfendeurs de démons issus du folklore japonais et le théâtre Nô avec lequel il joue des codes et règles au point que le manga a été adapté sur scène.

One Piece d’Eiichiro Oda et sa thématique de pirates empreints de liberté qui voyage à travers le monde dans des lieux inspirés successivement de l’époque Edo à l’architecture de Gaudi à Barcelone.
Le phénomène de société de One Piece dépasse très largement la simple édition et est devenu le symbole de revendication contre les pouvoirs autoritaires démonstration de l’impact majeur du manga sur l’ensemble de la société et qu’aujourd’hui encore un livre peut transmettre un message qui change la société.

D’autres œuvres concluent le parcours telles L’attaque des Titans d’Isayama Hajime dont la thématique de créatures géantes attaquant les humains est mise en parallèle avec la figure de Godzilla.

Le parcours s’achève sur une salle présentant des créations de mode dont les sources viennent des mangas. Ce sont principalement des œuvres de créateurs occidentaux qui sont présentées avec au milieu un extraordinaire modèle de Junko Koshino, créatrice japonaise.

Une belle initiative à encourager mais des maladresses

Je ne peux qu’applaudir l’effort fait par le musée Guimet sur cette première intiiative.
Si la première partie de l’exposition est assez classique mais avec des trouvailles fascinantes sur les origines de la manière de raconter une histoire au Japon.
La seconde partie offre un bel aperçu de la création des 50 dernières années.

L’idée de mettre en parallèle quelques œuvres avec  leurs sources d’inspiration permet de positionner le manga à sa place d’héritier et transmetteur des histoires passées et l’inscrit dans la continuité de l’histoire de l’art. C’est très bien trouvé et un moyen de célébrer les sources d’inspiration et le travail de recherches en amont des auteurs.

L’initiative de cette exposition est à saluer encore par son désir de bien faire et de n’exclure personne en faisant plaisir aux amateurs et initiant les néophytes.

Je regrette l’absence des autrices cantonnées à une salle consacrée au shojo alors que les nuances de genre sont bien plus complexes puisque des autrices produisent du shonen et des auteurs du shojo.
Elles mériteraient qu’une seconde exposition leur soit consacrée.

De plus, je ne suis pas convaincu par la dernière salle de l’exposition à laquelle il manque la célébration du fait que des autrices et auteurs de bande dessinées en France font à présent du manga et que leurs mangas sont publiés au Japon et qu’à l’inverse les mangakas se sont mis à faire de la bande dessinée.
Une conclusion célébrant l’émulation existante actuellement dans la création m’aurait semblé plus pertinente d’autant que c’est Reno Lemaire un mangaka français qui est l’auteur de l’affiche de l’exposition.

Et justement, une autrice comme Patricia Lyfoung, créatrice de la Rose Ecarlate en bande dessinée aux éditions Delcourt et publiée depuis 20 ans, dont l’œuvre s’inspire entre autre de Lady Oscar de Riyoko Ikeda (présentée dans l’exposition) et disparue tragiquement en janvier 2025 aurait méritée de citer dans cette exposition en célébration de la richesse de l’héritage du manga dans la création actuelle française du 9ème art.

Le succès des mangas vient du fait que des histoires universelles sont racontées par un média artistique. C’est un média qui adpate en image et conservant les textes d’origines des classiques de la littérature occidentale pour les faire découvrir à la culture japonaise et à l’inverse permet aux cultures occidentales de découvrir les mythes fondateurs de la culture japonaise.

Il n’y a pas de plus beau symbole de l’amitié et du lien franco-japonais.  

Du 19 novembre 2025 au 09 mars 2026 au Guimet – Musée national des arts Asiatiques à Paris – Toutes les infos sur www.guimet.fr