Le Dieu-Fauve de Fabien Vehlmann et Roger

Le Dieu-Fauve de Fabien Vehlmann et Roger

Remontez jusqu’à l’ère lointaine du Déluge, celle qu’évoquent à demi-mots tous les textes anciens de l’humanité… En ces temps de famine, Sans-Voix, un jeune singe orphelin, cherche à prouver sa valeur à son clan d’adoption en chassant le « longue-gueule », un vieil alligator blessé et vicieux. Manger ou être mangé : le cycle immuable de la nature. Mais en osant s’aventurer au coeur des terres interdites, celles des humains, Sans-Voix sera confronté au plus cruel des destins : voir les siens massacrés sous ses yeux avant d’être capturé puis dressé dans les arènes de l’Empire afin de devenir un « Dieu-Fauve », un guerrier sacré façonné pour la violence et l’art du combat. Mais ces longues années de souffrance auront surtout fait grandir en lui une brûlante obsession : se venger de ses bourreaux, quel qu’en soit le prix.

Récit de bruit et de fureur, empreint d’une poésie sauvage, Le Dieu-Fauve dresse le portrait d’une civilisation soudainement confrontée à la perspective de sa disparition. Mettant les nerfs à vif, cet album donne à voir et à ressentir la violence de la nature, la chaleur étouffante, le bourdonnement des insectes, les cris de rage et les larmes de désespoir des protagonistes, croquant avec force le ballet incessant qui fait s’entrelacer la vie et la mort, le règne animal et l’humanité. Car, au fond, qui est le réel héros de cette histoire ? L’homme ou… l’animal ?

Une oeuvre à la construction magistrale, écrite par Fabien Vehlmann (il est le créateur avec Bruno Gazzotti de la série jeunesse Seuls, que j’ai beaucoup aimé) et portée par le dessin spectaculaire de Roger.

Bon définitivement je ne suis pas sensible aux scénari d’heroïc fantasy. La violence comme esthétique en BD, je ne peux pas. Ici on ne peut pas tourner une page sans tomber sur un cadavre ou du sang qui gicle. Mais la construction scénaristique est tout de même magistrale. Quatre chapitres, quatre voix, quatre rapports à la violence et à la destruction, se retrouvent dans un épilogue décisif.

L’univers de cette BD est difficile d’accès. Un vocabulaire spécifique, des noms imagés. Par exemple, un « Dieu-Fauve » c’est l’incarnation sur terre du seigneur de la violence. Et le petit singe blanc, prénommé « sans-voix », devient ce « Dieu-Fauve » après avoir été « dompté » pour devenir un combattant dans les arènes des îles Fomorii pendant 10 ans. Les personnages féminins sont à l’honneur dans cette quête : la Consule Ea, la Veneuse, Ocre-Brune, Grande-Douleur et Awa. Leurs traits sont vraiment emprunts d’une beauté sombre, et leurs combats souvent victorieux. Enfin, l’économie entière de l’empire repose sur l’esclavagisme, qu’ils  appellent avec euphémisme « asservissement ». La Veneuse et son groupe ont été bannis de la capitale Alti-Antéa, et leur désir d’y retourner se justifie par la destruction par le déluge de leur campement au bord de la côte. Mais c’est sans compter sur le désir de vengeance du « Dieu-Fauve » qui s’est échappé et les poursuit…

Éditeur : Dargaud – Genre : Heroïc Fantasy – Scénario : Vehlmann Fabien – Dessin : Roger – Date de parution :  5 avril 2024 –  112 pages – Prix : 21,50 €

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