Vent mauvais de Cati Baur

Vent mauvais de Cati Baur

Je m’appelle Béranger, parisien, quarante-quatre ans, huit kilos en trop et deux filles en garde alternée. Je suis scénariste. J’ai écrit une grosse comédie il y a quinze ans, qui repasse presque chaque Noël. J’ai aussi une maîtresse et une ex-femme qui me fait chier. Pour les kilos, je cours. Pour l’ex-femme, je ne sais pas, la seule solution est de partir loin… Midlife crisis. Ça passe, il paraît…

Le personnage principal de cette aventure du quotidien est un homme et l’auteure de cette BD est une femme. Première constatation : Cati Baur ne se permet aucune complaisance car tous les protagonistes sont décrits avec leurs défauts (et certains en ont beaucoup) qu’ils soient hommes ou femmes, ce qui les rend encore plus sympathiques. On s’y attache beaucoup car Béranger tombe peu à peu à la dérive. On le sait depuis le début et cela se confirme. Ce vent mauvais est un vent qui rend fou. L’histoire monte tout doucement, au fil des mois, c’est d’ailleurs le découpage temporel qui est choisi pour ponctuer le récit. On apprend à connaître le nouvel environnement de Béranger en même temps que lui, les gens et les paysages ont presque la même importance. Car il y a des éoliennes. Et c’est un peu l’histoire de l’adaptation de l’homme à cet apport technologique que l’on suit. Quelles conséquences sur l’homme ? Quel environnement cela créé-t-il ?

Les illustrations ressemblent un peu à celles d’un livre pour enfant, elles sont très réalistes : on les entend tourner ces moulins modernes, et on fait connaissance avec un nouveau Don Quichotte, moderne aussi, qui vit bien avec son temps au début du récit, (divorce, ados à mi-temps, technologie), mais qui a du mal à y trouver sa place au fil du temps (retour à une écriture « manuelle », « se battre contre des moulins à vent » …).

C’est très bien construit, ça donne à réfléchir, et le récit est suffisamment long (192 pages) pour qu’on plonge dans l’histoire avec délectation. Les femmes qui entourent Béranger sont très attachantes aussi et ne sont pas laissées pour compte, ne sont pas des « personnages secondaires » dont on ne sait rien. On songe qu’une suite pourrait exister, un deuxième tome sans problèmes, pour avoir une fin salvatrice pour Béranger. Mais comme il y a un épilogue de quatre pages qui explique tout, qui clôture et enferme même l’histoire dans quelque chose d’achevé qui ne me convient pas, j’ai été un peu frustrée. Juste un peu. J’aurai préféré imaginer moi-même l’issue de cette dérive sans fin ou un deuxième opus. C’est trop court 4 pages pour tout résoudre ! Et j’ai eu l’impression de le quitter trop brutalement cet univers, j’étais en deuil des personnages. Critique à voir plutôt comme un compliment donc.

Éditeur : Rue de Sèvres – Genre : Aventures du quotidien – Scénario et dessin : Baur Cati – Date de parution : 10 juin 2020 – 192 pages – Prix : 20 €.

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